Thailande :: « article précédent [ #13 ] article suivant »
« Koun ka ki keun ko douan ! » (Parce que je le vaux bien !)
28 juillet 2006 à 14h48 :: rss
4.30 du mat (et oui, l’Asie appartient à ceux qui se lèvent tôt !). Je suis dans le bus qui me conduit vers le sud de la Thaïlande. Histoire pour moi d’explorer les recettes à base de poissons, fruits de mer, lait de coco et accessoirement pour tester les plages paradisiaques ;-)
J’engage la conversation avec ma voisine prénommée Pi Kéo. Elle se rend au marché. Je lui demande pourquoi si tôt. Elle m’apprend qu’elle est vendeuse de Pad Thaï sur un petit bateau. L’aubaine pour moi ! Je lui demande si elle voit un inconvénient à ce que je l’assiste pour la journée. Elle trouve cela plutôt étrange, mais accepte volontiers, par gentillesse bien sûr, mais aussi et surtout par curiosité je suppose…
J’engage la conversation avec ma voisine prénommée Pi Kéo. Elle se rend au marché. Je lui demande pourquoi si tôt. Elle m’apprend qu’elle est vendeuse de Pad Thaï sur un petit bateau. L’aubaine pour moi ! Je lui demande si elle voit un inconvénient à ce que je l’assiste pour la journée. Elle trouve cela plutôt étrange, mais accepte volontiers, par gentillesse bien sûr, mais aussi et surtout par curiosité je suppose…
Me voici donc au marché avec Pi Kéo. Avec 10 kilos de marchandises au bout de chaque bras (je la soupçonne de profiter de la situation pour acheter plus de denrées qu’à l’accoutumée), j’essaye vainement de la suivre tellement elle trace dans les allées. Véritable fourmilière malgré l’heure (5H00 !), ce marché a comme particularité d’être installé le long de voies ferrées apparemment abandonnées. Nouilles fraîches, crevettes, porc, échalotes, germes de soja, tamarin, ciboules, coriandre, basilique, cacahuètes, nam pla, œufs, piments frais et séchés… tout y est. Mes biceps en font d’ailleurs les frais. Il est presque 5H30 quand je vois tout le monde déguerpir des voies. Une véritable envolée de moineaux. Pi Kéo me pousse hors des rails et là, médusé, je vois un train me raser les fesses et passer au dessus de tous les fruits et légumes, poissons et autres condiments ! Un centimètre de linéaire supplémentaire en hauteur et on a le droit à de l’action-painting façon Jackson Pollock ! Ca sonne donc la fin du marché pour Pi Kéo et pour moi la fin de mon calvaire de porteur. Avant de reprendre le bus, je lui propose de prendre un petit-déjeuner dans une échoppe de rue. Pour elle, ce sera une soupe de riz, pour moi riz à l’ail frit et porc croustillant (je sais, c’est compulsif, même à 5.30 du mat, j’en suis dingue !).
Je reprends le bus avec Pi Kéo 
Nous voici maintenant dans le jardin de sa maison située en bordure d’un klong (canal). Il s’agit de préparer tous les ingrédients nécessaires au Pad Thaï, c'est-à-dire de faire en sorte que Pi Kéo n’ait aucun travail de découpe à réaliser sur le bateau, uniquement de l’assemblage, en raison du manque de place et d’équilibre sur la frêle embarcation. Sa fille s’est levée pour nous aider : j’entame alors avec elle un petit concours de rapidité sur le ciselage des ciboules. Ouf l’honneur est sauf ! On fait bouillir le porc, on épluche les crevettes, on émince les échalotes, on hache l’ail, on broye les cacahuètes, on papotte, on rigole… 1 heure et demi plus tard, on charge la barque de Pi Kéo ou du moins on la surcharge. Non sans blague, vous verriez ça, c’est digne d’un numéro de cirque ! J’arrive malgré tout à me frayer une place sur la bombonne de gaz. Nous voilà partis dans un dédale de klongs. C’est magique ! Pas un bruit, sauf celui de nos rames fendant l’eau et les branches d’arbres qui nous frôlent le visage. Un vrai décor de cinéma (Téchiné n’a pas fait mieux avec Catherine Deneuve dans Indochine !). Nous passons devant une première maison sur pilotis ; Pi Kéo actionne son petit klaxon rasfistollé avec un morceau de plastique et 2 trombones. Aussitôt, une vieille dame presque centenaire (véridique !) descend les marches jusqu’à l’eau, se met en position de Bouddha et attend patiemment son plat. Son assurance et ses mouvements quasi mécaniques trahissent un rite quotidien. En effet, la vieille dame, amusé de me voir à bord, mais pas si déconcertée que cela, me confirme qu’elle mange chaque matin le Pad Thaï de Pi Kéo (le meilleur de la région selon elle). Pendant ce temps, ma copine marchande de nouilles s’exécute en 2 temps, 3 mouvements. Avec une agilité déconcertante, elle lance le feu sous le wok et fait sauter crevettes, nouilles, herbes et condiments sous mes yeux ébahis. 1 minute 30 auront suffit pour servir une assiette généreuse et gourmande. On salut notre cliente et on repart faire la tournée des popotes. 10H10, cela fait seulement 2 heures que l’on navigue. Mes jambes sont ankylosées, j’ai chaud (et j’ai oublié mon chapeau !). Je ne me plaints pas car Pi Kéo, elle, fidèle à la tâche, dépote à fond. Elle enchaîne commande sur commande (à 20 baths le plat, soit 40 centimes d’euros, elle n’a pas le choix si elle veut faire vivre sa famille !). Moi, plus pépère dans ce coup là, je l’avoue, je me contente de passer les plats, tenir la caisse et faire rire les clients : l’humour y a que ça de vrai dans le commerce et Pi Kéo l’a bien compris… Enfin, dans une certaine limite car Fred, le blagueur, va vite se transformer en Fred, le méga lourdaud. Retour sur les faits : une brise se lève et le chapeau de Pi Kéo s’envole par-dessus bord. Par réflexe, j’essaye de le rattraper au vol… Catastrophe ! Je déséquilibre l’embarcation qui manque de se retourner. Je vois les bols de ciboules, cacahuètes et échalotes couler à pic dans l’eau boueuse du canal. L’horreur !!! Je suis plus que confus. J’en oublie mon thaï. Seul « Kotot mak krap ! » (mille excuses !) me revient en mémoire et je le répète en boucle. Pi Kéo reste très zen et rigole. Je ne sais pas si c’est pour garder la face ou parce que ça la fait rire pour de bon… Un coup de klaxon, quelques mots lancés à une copine habitant à proximité et de nouveaux bols, fraîchement garnis, finissent par réapparaître comme par magie à bord. Ca c’est la solidarité thaïe ! Je me fais dès lors tout petit (enfin sur la barque, c’est compliqué de se faire oublier…). 12H00, je suis littéralement cuit. Je frôle l’insolation. Un client ayant eu pitié de moi m’a offert un chapeau (le bonheur tient vraiment à peu de choses). Pi Kéo garde quant à elle la patate ! Il le faut car sa journée ne s’achèvera qu’à 22H00 !
Je finirais bien par percer le secret de ces femmes thaïes à rester toujours en forme et souriantes quelque soit l’effort physique et la dureté de la situation… Comme le dit si bien Claudia Schiffer pour le compte de l’Oréal « Koun ka ki keun ko douan ! » (Parce que je le vaux bien !)


Commentaires
1. Le 01 février 2007 à 09h35, par kineger
2. Le 03 février 2007 à 08h47, par fly
3. Le 04 février 2007 à 13h39, par kim
4. Le 04 février 2007 à 13h51, par kim
5. Le 04 février 2007 à 17h13, par Babette
6. Le 05 février 2007 à 04h58, par gilles
7. Le 03 juin 2007 à 11h37, par magali
8. Le 10 octobre 2007 à 17h19, par radinette
Ajouter un commentaire