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Le jour le plus long…
28 juillet 2006 à 14h14 :: rss
Je suis dans le bus de nuit qui relie Chang Mai à Dan Sai, situé en zone frontalière du Nord et du Nord-est de la Thaïlande. 12 heures de trajet. Autant dire un cauchemar, entre les 40 C° ambiants, la promiscuité et l’inconfort des sièges ! Mais ce qui me fait oublier mon calvaire, c’est 1 : la fatigue (le bus à peine démarré, je sombre dans un doux coma…), 2 : « la fête des fantômes » qui m’attend le surlendemain...
On m’avait décrit cette fête comme une sorte de « Spirit Pride », des personnes déguisées en fantômes et perchées sur des chars pour rendre hommage à Bouddha en ce début de la mousson. Des esprits dans le bouddhisme : voilà encore une bizarrerie thaïe !
10H00 du mat. Le bus me débarque dans une ville à laquelle je ne m’attendais pas : village-rue sans aucun charme, des banderoles à l’effigie de L’Oréal, Coca Cola et autres sponsors de la fête. Mais qu’est ce que je fous là !!! Bon, on arrête de s’emballer. On va droit à l’office du tourisme pour s’enquérir du programme des festivités. Comme je dis toujours : « on est jamais à l’abri d’une bonne surprise ! ». Je lis avec attention le document que l’on me remet. OK, c’est une kermesse interminable : 3H00 du mat (véridique !), procession avec le chamane du village jusqu’à 6H00, 9H00 parade des fantômes ! Pas de quoi passer 12 heures dans un bus. Je suis à cran. J’allais jeter le leaflet, lorsque mon œil s’arrête sur la dernière ligne : «18.30 pm : Papaya salad competition ». Je n’y crois pas, d’autant que mon objectif premier en me rendant dans le Nord-est est de maîtriser les arcannes de cette spécialité régionale !!!! Je me rends donc à la mairie pour en savoir plus sur ce concours et espère secrètement pouvoir y participer. Le résultat fut au dessus de mes espérances. Les membres du comité organisateur n’y croyaient pas eux-mêmes car c’était la première fois qu’un « Farang » (terme qui désigne un occidental) participait à cette manifestation. Ils m’ont donc déroulé le tapis rouge : mon emplacement sera prêt, garni et décoré. Tous les ingrédients et ustensiles nécessaires auront été achetés au préalable. Une faluche (obligatoire) sera mise à ma dispo. Idem pour le tablier dont je décline aussitôt la proposition en leur expliquant que je ne voyage jamais sans le mien, ainsi que mon kit de survie de cuisine.
Excité par cette animation des moins banales, je me résous à profiter pleinement de cette très longue journée en me persuadant que pour être vraiment dans le bain de la compétition de salade de papaye verte, véritable apothéose de cet événement, il fallait s’être imprégné de toutes les étapes précédentes. Couché donc à 21H00. Réveil rivé sur le 2.30.
3 du mat : je suis sur la rive de la rivière. Le chamane, frôlant les 90 ans, s’apprête à plonger dans les tourbillons et remous du cours d’eau pour retrouver une petite pierre blanche, symbole de Bouddha renaissant de la noyade (je vous l’a fait courte, car en vrai, c’est super compliqué et en plus sans aucun intérêt). Bizarrement, il y a très peu de monde, genre 30 personnes : je me dis que je me suis fais rouler. Ca c’est encore un truc réservé aux grenouilles de bénitiers (je ne connais pas le terme chez les bouddhistes !!!), un peu comme pour nous la messe de minuit le soir de Noël. On peut dire que je suis aux premières loges, c'est-à-dire prêt à tomber dans la rivière tellement le sol est glissant à cause de la pluie qui commence à pointer le bout de son nez ; ce qui va me permettre de voir le chamane glisser discrètement une petite pierre dans son slip de bain… Je le vois descendre dans les remous. Il se tient à une corde retenue par des fidèles. Il cherche, cherche encore. Plonge sa tête dans l’eau boueuse. Il revint, repart. C’est interminable. Puis tout à coup, il pousse un cri de joie : il a trouvé la pierre et la brandit. Moi, je la reconnais, il s’agit bien de la petite pierre dissimulée. Le chameau ! Tout ceci n’était que mise en scène !!!
S’en suit une procession interminable dans le village et jusqu’au temple. A genoux, prières, coup de feu, à nouveaux à genoux, re-prières et re-coups de feu. Ca 8 fois d’affiler. Je suis comme un zombi (c’est au moins raccord avec la fête des fantômes…). 5H00 : fin de la procession. Tout le monde se retrouve sur le terre-plein du temple pour une danse collective. Une sorte de rave-after bouddhiste. Sauf que la moyenne d’âge, c’est plutôt 60/70 ans !
N’ayant vraiment plus rien à perdre et surtout ayant une folle envie de me dégourdir les pattes, je me glisse au sein des « oldy-clubbers » pour une danse effrénée, un peu du même acabit que celle que l’on pratique dans les fest-noz bretonnes…
9H00 : début du défilés. Enfin sur le papier ! En Thaïlande, il est de bon ton de rajouter une heure à l’horaire officiel. Pour les rendez-vous également… Je suis derrière une barrière et prends mon mal en patience (ça, c’est très bouddhiste !). J’en profite pour m’assoupir…
10H30 : début du défilé. Pour de vrai !!!! Là, c’est comme à la gay-pride : succession de chars sur lesquels crachent d’énormes sono, les gogo dancers (et danceuses) se trémoussent. Fantômes, militaires, travestis, écoles… tout le monde est là ! « Sanouk mak mak !!!» : c’est une expression qu’utilisent en permanence les Thaïs pour définir quelque chose de fun et drôle. Je comprends alors mieux ce qu’ils entendent par là même. 
14H00. Je suis littéralement cuit. J’en profite pour rejoindre l’équipe qui dort depuis longtemps dans la camionnette. J’ai besoin d’être en forme pour le grand défi qui m’attend à la nuit tombée..
18H00. Je file m’enquérir de news quant au programme des réjouissances et surtout m’assurer que tout roule quant à ma participation au concours de salade de papaye verte. Je comprends vite que l’on va se prendre 1 heure 30 dans la vue (une fois n’est pas coutume !). Je réalise que mes concurrentes (que des femmes) sont au nombre de 10. On m’explique qu’elles sont les reines de la salade de papaye verte et ce, depuis des décennies. Elles ont toutes été briefées de ma participation et, me souffle-t-on, elles ont toutes une niaque d’enfer pour ne pas se laisser détrôner ! Pas très bouddhiste tout ça… 19H30, les membres du comité organisateur installent les tables, les napperons, les ustensiles et les ingrédients. Ils me remettent ma faluche et m’expliquent les règles du jeu : pour être homologuée, la salade doit être réalisée en utilisant tous les ingrédients mis à ma disposition (les proportions étant bien sûr à la discrétion du participant). Le plat doit impérativement être réalisé en dansant (!) et terminé lorsque la musique s’arrête. Le jury, composé de 5 personnes, passera ensuite en revue les 11 salades. Les critères d’évaluation reposent donc sur 3 points : le goût (on s’en serait douté), la présentation (ma grand-mère disait toujours « quand c’est beau, c’est déjà bon ! ») et la chorégraphie (c’est le moment ou jamais de mettre à profit mon cours de danse dispensé le matin même !).
20H00. J’enfile mon tablier (celui de l’Atelier de Fred) ainsi que ma faluche et rentre dans l’arène. Pression. Mes concurrentes n’ont pas l’air si terribles. Elles m’accueillent à bras ouvert et rigolent dès qu’elles croisent mon regard.
Au moment où le gong de départ sonne, la pluie arrive comme par miracle ! Mais quelle pluie !!! La pub Tahiti Douche n’aurait pas fait mieux. « Sanouk mak mak !», me dis-je en moi-même. Ce n’est pas trop de l’avis de Timothée, notre beau caméraman, qui s’apprête à vivre un cauchemar !
Je saisis sans attendre mon mortier et mon pilon et commence à assembler les ingrédients comme je l’ai vu faire à moult reprises dans les échoppes de rues de Bangkok, en n’oubliant surtout pas de me trémousser au rythme endiablé de la musique. Là, commence un spectacle extraordinaire : tout le monde se rue sur nous (les participants) pour nous encourager. Je dois dire que je remporte la vedette : ils sont hallucinés de trouver un « Farang » au milieu des nos mamas locales ! Les fantômes me chauffent les mollets, d’autres me photographient, certains m’embrassent. Bref tout le monde est survolté, voire hystérique !!! Fin de la compétition.
Le jury passe en revue les salades et se retire pour délibérer. Roulements de tambours… Je crains fort que la mienne ne soit pas assez « pet » (épicée). Pendant cette attente, mes nouveaux amis m’offrent des bières (Asahi, c’est un comble en Thaïlande !). Me voilà à trinquer avec tout le monde.
On rigole, on boit, on attend, je suis totalement raide… A tel point que je n’entends même pas les résultats. Ca vaut mieux car je n’ai pas gagné. Lot de consolation tout même : 300 baths (6 euros environ) et un diplôme ! Je suis malgré tout super fier de moi.
Sanuk mak mak !!!!
Recette de la salade de papaye verte (som tam)

Ingrédients pour 4 personnes : 1 papaye verte (c'est-à-dire pas mûre) 3 petites tomates cerise 3 petits piments d’oiseau frais 2 gousses d’ail 2 petites échalotes 1 pincée de sel Le jus d’un citron vert 2 cuillérée à soupe de Nam Pla (sauce poisson) 1 cuillérée à soupe de sucre en poudre 2 cuillérées à soupe de cacahuète grillé à sec non salées broyées
Pelez la papaye, ouvrez-la en deux et retirez les pépins (comme pour un melon) Râpez la chair (comme pour des carottes) Dans un grand mortier : disposez l’ail, les piments et les échalotes et pilez-les. Ajoutez ensuite la moitié de la papaye râpée et toute le reste des ingrédients sauf les cacahuètes. Pilez jusqu’à ce que la papaye soit légèrement « fanée ». Ajoutez pour finir le reste de papaye. Pilez légèrement. Rectifiez l’assaisonnement et servez.
NB : si vous ne disposez pas d’un grand mortier (ce qui est fort probable), pas de panique. Il suffit juste mélanger tous les ingrédients dans un grand saladier (pendant 10 minutes pour « fatiguer » la papaye râpée), en ayant pris soin auparavant de hacher finement l’ail, les piments et les échalotes.
Il existe plusieurs variantes de recettes de Som tam. Celle-ci est la plus basique. J’affectionne particulièrement celle ou l’on ajoute au tout dernier moment des petites crevettes séchées (disponibles dans les épiceries asiatiques). A défaut, prenez des crevettes nordiques surgelées de chez Picard). Faites les dégeler, égouttez-les et faites-les revenir 3 minutes dans une cuillérée à soupe d’huile d’olive.


Commentaires
1. Le 31 janvier 2007 à 22h54, par laétitia
2. Le 26 février 2007 à 13h17, par mamisa
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