Thailande :: « article précédent [ #11 ] article suivant »
Bourreau malgré moi !
26 juillet 2006 à 11h57 :: rss
6 du mat, quelque part à l’extrême nord de la Thaïlande, dans une tribu Karen perdue dans la plus haute montagne du pays (j’ai enfin compris où Uderzo et Goscinny ont puisé leur inspiration). Il fait encore nuit et je suis accroupit autour d’un feu de camp dans la maison de Pica, épouse de Pico (véridique !). Non pas pour se réchauffer (il fait déjà 34C°), mais pour préparer les gamelles des paysans qui partent travailler toute la journée dans les rizières...
Me voici transporté 30 ans en arrière lorsque j’aidais ma grand-mère à préparer le pique-nique de mon grand-père : je me souviens du temps qu’elle prenait à lui concocter une petite salade de crudités, une portion de veau marengo qui avait mijoté toute la nuit et pour finir une part de tarte aux quetsches. Le tout disposé dans une jolie petite cantinière à compartiments (remis au goût du jour par Antoine et Lili !). Retour à la dure réalité chez les Karen : du riz, du riz et encore du riz ! Une consolation tout de même, les gamelles ne sont autre que des feuilles de bananier savamment pliées (je sens que je vais me la péter grave de retour sur Paris avec ma maîtrise de l’origami thaïe).
Nous voici partis pour les rizières qui se situent 2 km en deçà du village. Un tableau vivant s’offre à moi : des rizières en escaliers digne du film d’Oliver Stone « Entre ciel et terre » ! Je reste béa d’admiration. Pas très longtemps, car Pico, qui a décelé le paysan qui sommeillait en moi, m’enrôle pour le repiquage du riz. Pur moment de bonheur ! Je n’aurais jamais imaginé me retrouver une journée durant dans une rizière et surtout que les paysans me fassent suffisamment confiance pour me laisser la responsabilité de parcelles entières. Sans prétention aucune, je dois avouer que je me débrouillais admirablement. J’avais l’impression d’avoir fait cela toute ma vie ou, mieux, d’avoir vécu dans ce village dans ma précédente vie (à force, je vais vraiment finir par devenir bouddhiste !). J’en oubliais presque le mal de dos et surtout les bestioles bizarres qui me passaient sous les pieds (j’en ai encore la chair de poule !!!!).

Aux alentours de 11H00, tous les paysans quittent les rizières pour se rassembler dans une petite cahute en bambou. Ca doit être l’heure du casse-croûte. Même si je connais la monotonie du menu, j’en salive à l’avance (après 4 heures de repiquage, je vous garantis que l’on ne joue pas les difficiles !). Là, je comprends qu’il n’en est rien car le plat de résistance n’est autre qu’un petit cochon, tout noir, tout dodu, tout mignon. Miammm… Ce que je n’avais pas intégré, c’est l’épreuve de bizutage que me réservaient mes nouveaux amis : « Farangset doue kuan mue ! » me répétait Pico. Je dois tuer le petit cochon !!!! Non, je n’y crois pas, moi bourreau d’une petite bête aussi mignonne !!! Je vois bien que je ne peux me défiler… Alors, la mort dans l’âme je me lance. Je leur demande malgré tout de me montrer le mode d’emploi (pourvu que ce ne soit pas la technique de l’égorgement telle que je la voyais pratiquer dans mon enfance bretonne !). Grand luxe, il s’agit de la mort par étouffement ! Un des paysans me tend un bâton, me maintient la bête au sol et appuie avec moi sur sa carotide. Je sens le petit être se débattre. Ses petites pattes me griffent les mollets. Il me regarde suppliant de le laisser en vie. C’en est trop, mais je ne peux faillir à ma tâche. Je détourne mon regard de celui de ma victime, retiens mes larmes et sers les dents, tandis que mon second se moque de moi et de ma sensibilité exacerbée… Ca ne fait pas très viril tout ça, mais bon j’assume ! Puis, tout à coup, les coups de pattes s’arrêtent, l’œil passe en une fraction de seconde du vif au terne. C’est la fin. Je suis en vidé.
Pico arrive pour dépecer ma victime. Je lui prête mon couteau suisse (quel anachronisme !). Tout le monde finit par s’affairer : Pica aux viscère, une des ses copines aux abats et une derniere aux morceaux nobles. On fait un gros feu de camp. Une partie du cochon se mangera rôtie, l’autre en curry dans un gros chaudron.
Une heure plus tard, on se rassemble dans la cahute et on déguste le tout accompagné de MON riz préparé avec amour et surtout le fameux Mekong, un whisky thaï à vous faire réveiller les morts ! Comme dans la BD, le druide est là (véridique !). Il ne manque plus que Falbala. Je dois avouer que je ne boude pas mon plaisir et me resserre généreusement (la faim l’emportant allègrement sur la culpabilité… le whisky m’aidant fortement à me faire oublier mon acte de barbarie !). J’ai alors une pensée émue pour ma maman qui ne cessait de me répéter quand j’étais petit : « Dans le cochon, tout est bon ! ».


Commentaires
1. Le 26 juillet 2006 à 17h22, par Sandrine
Ajouter un commentaire