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Pêche inattendue à Ban Lem
26 juillet 2006 à 11h51 :: rss
Ban Lem, petit village de pêcheurs à 150 km au sud de Bangkok. Réputé pour ses poissons séchés, je m’y rends pour participer à une pêche de nuit sur un « bateau-lampion ». Le principe en est simple : un bateau est entièrement relooké de centaines d’ampoules électriques et une dizaines d’autres bateaux (plus petits ceux-ci) se dépêchent d’attraper les poissons attirés par la lumière. Le scénographe de la parade illuminé de Disneyland a des leçons à prendre...
Arrivé au village, construit sur pilotis, nous déjeunons dans une taverne surplombant la baie à perte de vue (le Mont Saint Michel à côté fait office de petite crique !). La marée descendante rend le paysage des plus lunaires, d’autant que la sable est remplacé par de la vase (et oui, la Thaïlande, ce n’est pas toujours La Plage avec Caprio et Ledoyen !). Alors que je déguste des plats plus divins les uns que les autres (soufflé de crabe en papillote, poisson à l’ail et au basilic, lap de porc à la citronnelle et à la coriandre…), j’assiste à un balai incessant de personnes perchées sur des planches de surf, redécorées pour l’occasion d’un parapluie-ombrelle argenté. Nouveau sport en vogue pour la jeunesse dorée thaïe, spectacle de fin d’année pour le collège de Ban Lem ou nouvelle procession bouddhiste ? La patronne du restaurant m’explique qu’il s’agit en fait de pêche aux coques (kep oy). La planche étant le seul moyen pour se déplacer dans de la vase (au risque de s’enfoncer jusqu’au nombril) et l’ombrelle à se protéger de la réverbération du soleil sur l’eau.
Fasciné par cette nouvelle technique de pêche, je décide de m’accoquiner avec un des pêcheurs pour en apprendre les rudiments. C’est donc Pin Oy, une femme d’une cinquantaine d’années, qui m‘accueille chaleureusement (même si c’est un pléonasme chez les Thaïs) chez elle et accepte, non seulement de m’emmener pêcher avec elle, mais aussi de me faire partager sa fameuse recette de salade de coques (je ne pouvais pas mieux rêver !!!).
Après une séance de déguisement-camouflage : pantalon de pêcheur super sexy (non sans blague, ce pantalon appelé Sadhor n’a rien à envier aux articles vendus chez Colette), tee-shirt à manches longues, chapeau pointu et argile blanche sur le visage, nous voici partis pour une pêche des plus insolites. Grosse leçon d’humilité en ce qui me concerne car je dois avouer que j’en ai bavé pour manoeuvrer cet engin et ce malgré mon passé de skate-boarder lorsque j’étais ado. En revanche, Pin Oy, elle, volait littéralement sur la vase et manoeuvrait avec une agilité déconcertante. La honte sur moi !!! Bon, ce n’est pas tout de savoir se mouvoir, encore faut-il pêcher. C’est là que ça se gâte ! Avec mes rudiments de thaï (merci Assimil !), je lui demande « Comment fait-on pour attraper les coques ? » ; je la voyais bien en effet triturer dans la vase selon une certaine technique pour remonter 4 à 5 coques à chaque prise, alors que je restais jusqu’alors bredouille. Dois-je mettre cela sur le compte d’Assimil ou de mon Alzheimer naissant, j’ai compris a posteriori que je lui demandais en fait : « Qu’est ce que l’on est en train de pêcher ? ». S’en suit un dialogue de sourd : moi lui rabachant « Kep ni aray ? » et elle me répondant inlassablement « Kep oy !» (des coques !). Bref, 2 heures plus tard, les épaules en feu, des crampes aux fesses, les mollets en bouillie et mon sceau à coques presque vide, je demande à Pi Noy –toujours vive comme un gardon-, de mettre fin à mon supplice.
On rince nos planches, on se nettoie, et nous voilà de retour dans sa jolie maison sur pilotis. Tout comme Wonder Woman, Pin Oy se change à la vitesse de l’éclair et endosse sa tenue de cuisinière émérite. Mais où bon sang puise-t-elle cette foutue énergie ? Une fois les coques nettoyées et bouillies, j’aide Pin Oy à les décortiquer. Mangue verte râpée, piments hachés, cacahuètes broyées, nam pla et jus de citron vert viendront sublimer ces coques fraîchement pêchées.
Est-ce l’effort (surhumain) que j’ai du déployer lors de la pêche, le cadre idyllique de la maison de Pin Oy ou bien la fraîcheur et la saveur du plat, j’ai dévoré ce dernier comme si je n’avais pas mangé depuis 3 jours, oubliant ainsi mes pêcheurs de la nuit. Il fait tellement bon vivre chez Pin Oy…


Commentaires
1. Le 28 janvier 2008 à 14h06, par rss
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